208 millions. C’est le nombre de véhicules particuliers recensés en Europe en 2022, dont une immense majorité carbure encore à l’essence ou au diesel. Dans ce paysage, la date de 2035 ne tombe pas comme un couperet abstrait : elle annonce un basculement concret, massif, sur lequel chaque automobiliste, chaque industriel, chaque élu va devoir se positionner.
Voiture essence 2035 : ce que prévoit la réglementation européenne
Un calendrier radical bouscule l’automobile européenne. Après de longs mois de négociations, le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne ont tranché : en 2035, la commercialisation des voitures thermiques neuves cessera. Marqueur fort du Pacte Vert pour l’Europe et du Plan climat, cette décision oblige tout un continent à viser la neutralité carbone à l’horizon 2050.
Dès cette date, seules seront tolérées sur le marché les voitures neuves estampillées zéro émission, qu’elles soient électriques, à hydrogène ou fonctionnant avec des carburants de synthèse véritablement neutres. Tout ce qui dépend encore de l’essence, du diesel ou de l’hybride rechargeable bascule dans la rubrique archive. Toutefois, la Commission européenne prévoit une clause de réexamen en 2026 pour ajuster certaines règles si nécessaire, en prenant en compte les évolutions techniques ou industrielles.
Pour les acteurs du secteur, l’équation se complique. Frans Timmermans, vice-président de la Commission, souligne l’ouverture offerte à certaines dérogations pour les modèles roulant à des carburants carboneutres. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, campe sur la ligne dure : les véhicules neufs devront, dans leur totalité, afficher zéro émission dès 2035.
Pour visualiser concrètement le périmètre de la réforme, ces points sont à retenir :
- L’arrêt concerne uniquement les véhicules particuliers et utilitaires légers neufs émetteurs de CO2.
- Les voitures déjà en circulation, ainsi que l’ensemble du parc d’occasion, restent hors du champ d’application pour l’instant.
Le texte veut donner un coup d’accélérateur à la transition énergétique et forcer les constructeurs à innover, tout en engageant une mutation industrielle et sociale d’une ampleur inédite.
Quelles voitures seront réellement interdites de circuler après 2035 ?
Beaucoup s’imaginent qu’après 2035, toutes les voitures thermiques finiront immobilisées. La réalité est bien plus nuancée. Il s’agit essentiellement d’interdire la vente de véhicules neufs essence, diesel ou hybrides rechargeables. Pour ceux déjà immatriculés avant cette échéance, qu’ils roulent à l’essence, au diesel ou en mode hybride, rien ne changera du jour au lendemain sur les routes européennes. Le marché de l’occasion reste hors du viseur de la réglementation, sauf si des mesures nationales ou locales plus strictes s’y greffent.
En clair, continuer à acheter, vendre ou utiliser une thermique d’occasion restera possible, du moins tant qu’aucune nouvelle interdiction n’est votée par les autorités locales ou nationales. Mais la réalité ne se résume pas à une seule directive : dans les grandes villes, la montée en puissance des Zones à Faibles Émissions (ZFE) impose déjà des limites à la circulation des véhicules polluants, sous l’œil des vignettes Crit’Air. Ce tissu réglementaire peut donc complexifier l’usage des thermiques bien avant toute interdiction généralisée.
Quelques véhicules échappent néanmoins à ce grand bouleversement, voici précisément les exceptions prévues :
- Les petits constructeurs (moins de 1 000 véhicules par an) comme Bugatti, Pagani ou Koenigsegg ne sont pas soumis à cette nouvelle règle.
- Les poids lourds, autobus et motos ne sont pas concernés par la cible 2035.
- Une porte reste entrouverte pour des véhicules neufs adoptant des carburants de synthèse neutres en carbone, sous conditions très encadrées.
Les routes européennes continueront donc d’accueillir thermiques et hybrides anciens pendant encore longtemps. En revanche, la multiplication attendue des restrictions locales pourrait rapidement restreindre leur périmètre de liberté.
Entre transition écologique et enjeux économiques : les impacts attendus
Du choc de cette bascule, l’industrie automobile sortira métamorphosée. Des géants comme Stellantis ou Renault réclament un timing plus progressif : adapter leur outil industriel, former des compétences, sécuriser les approvisionnements en batteries et matériaux stratégiques… La stratégie s’ajuste selon la demande, parfois fébrile, et la compétition chinoise qui gagne du terrain. Volkswagen, Fiat, Mercedes ajustent leurs programmes, certains réduisent la voilure sur l’électrique pour ne pas déstabiliser leur clientèle ou leurs marges.
Les propriétaires de véhicules neufs ne seront pas les seuls impactés : la vague pourrait rebattre les cartes du marché de l’occasion. Autour de 2030-2035, la dépréciation des voitures thermiques pourrait s’accélérer, fragilisant le pouvoir d’achat de nombreux conducteurs. Simultanément, l’accès restreint dans les métropoles via les ZFE risque d’accroître la fracture entre citadins et habitants des zones rurales. Moins de véhicules accessibles et davantage d’exclusion pour ceux qui dépendent de leur voiture au quotidien.
Politiquement, les lignes ne cessent de bouger. France, Allemagne, Suède, Irlande : chaque pays compose avec ses propres priorités entre avancée climatique et défense de son tissu industriel. Et pendant que ces arbitrages se négocient, la part des émissions de CO2 générée par les voitures thermiques, entre 12 % et 20 % au sein de l’UE, reste l’un des principaux leviers de la politique écologique continentale.
Vers une mobilité électrique : comprendre les défis et les opportunités pour les automobilistes
La mobilité électrique s’impose progressivement, mais le saut à effectuer demeure conséquent. Le coût d’une voiture électrique relève encore du plafond par rapport à un modèle essence ou diesel. Si le bonus écologique réduit (un peu) l’écart, l’acquisition reste difficilement accessible pour bien des foyers. Les entreprises aussi ajustent leurs feuilles de route, partagées entre nécessité d’investissement et impératifs économiques.
Côté services et infrastructures, la couverture en bornes de recharge progresse selon les régions : densité correcte par endroits, mais beaucoup de retards ailleurs, en particulier dans les campagnes. Pour les ménages ruraux, l’accès aux points de recharge et le choix restreint en véhicules demeurent un problème. Au contraire, en ville, la généralisation des ZFE précipite la mutation mais laisse sur la touche une partie des propriétaires actuels.
Au quotidien, voici plusieurs points concrets à surveiller si l’on songe à basculer ou non :
- Assurance auto : aujourd’hui, elle revient souvent plus cher avec une électrique, une différence qui pourrait s’atténuer dans les prochaines années.
- Le rétrofit, c’est-à-dire la conversion d’un modèle thermique en électrique, attire certains conducteurs. Mais cela reste marginal à l’échelle du parc en circulation.
- Le marché de l’occasion thermique affiche encore une bonne santé, mais la multiplication attendue des restrictions de circulation pourrait en changer la dynamique assez vite.
Changer de technologie, c’est aussi revoir son approche : entretien, gestion du budget automobile, autonomie, accès aux centres urbains ou nouvelles pratiques de déplacement. Pour chaque conducteur, un équilibre reste à inventer dans ce grand bouleversement.
Dans l’attente de 2035, la route n’a pas fini de réserver des surprises : la promesse d’un air sain et d’un paysage sonore apaisé en Europe, ou bien le surgissement de nouvelles secousses réglementaires. Qui, demain, façonnera vraiment la mobilité, l’automobiliste, l’industriel, ou le législateur ? L’histoire reste à écrire.


